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Quel tribunal saisir pour mon litige ? Guide complet des compétences judiciaires en France

Guide complet 2026 pour savoir quel tribunal est compétent pour votre litige : tribunal judiciaire, prud'hommes, commerce, administration, compétence matérielle et territoriale.

Par Planète Justice
Illustration éditoriale : Quel tribunal saisir pour mon litige ? Guide complet des compétences judiciaires en France

En 2026, l’organisation judiciaire française compte plus de 15 types de juridictions différentes. Face à cette diversité, le justiciable se trouve souvent désemparé : tribunal judiciaire, tribunal de commerce, conseil de prud’hommes, tribunal administratif, cour d’appel… Chaque litige a sa juridiction compétente, et saisir le mauvais tribunal peut entraîner des mois de procédure inutiles. Ce guide vous offre une cartographie complète des compétences juridictionnelles en France, assortie de cas pratiques et de conseils pour vous orienter avec certitude vers la bonne juridiction.

1. Les principes fondamentaux de la compétence judiciaire

1.1 Compétence matérielle et compétence territoriale

La compétence d’un tribunal repose sur deux critères distincts mais cumulatifs :

La compétence matérielle (ou compétence d’attribution) détermine quel type de juridiction est habilitée à connaître d’une catégorie de litiges. Elle repose sur la nature du contentieux (civil, pénal, commercial, social, administratif) et sur le montant des demandes. Par exemple, un litige entre un locataire et son propriétaire relève du tribunal judiciaire, tandis qu’un litige entre deux commerçants relève du tribunal de commerce.

La compétence territoriale détermine, parmi les juridictions de même type, laquelle est géographiquement compétente. Le principe de base est l’actor sequitur forum rei : le demandeur doit saisir le tribunal du lieu où demeure le défendeur. Cette règle protectrice évite que le défendeur soit contraint de se déplacer loin de son domicile pour se défendre.

1.2 L’ordre judiciaire et l’ordre administratif

La dualité juridictionnelle française distingue deux ordres :

  • L’ordre judiciaire : compétent pour les litiges entre personnes privées et pour les infractions pénales. Il comprend les juridictions civiles (tribunal judiciaire, tribunal de commerce, conseil de prud’hommes, tribunal paritaire des baux ruraux) et les juridictions pénales (tribunal de police, tribunal correctionnel, cour criminelle, cour d’assises).
  • L’ordre administratif : compétent pour les litiges impliquant l’administration (État, collectivités territoriales, établissements publics). Il comprend le tribunal administratif, la cour administrative d’appel et le Conseil d’État.

En cas de conflit de compétence entre les deux ordres, le Tribunal des conflits tranche. L’Organisation de la justice en France détaille cette architecture institutionnelle.

2. Les juridictions civiles : le guide par type de litige

2.1 Le tribunal judiciaire (TJ)

Depuis la réforme du 1er janvier 2020, le tribunal judiciaire a fusionné les anciens tribunaux d’instance et de grande instance. Il est le pivot de l’organisation judiciaire française.

Litiges traités :

  • Tous les litiges civils non spécialisés d’un montant supérieur à 10 000 €
  • Les questions d’état des personnes (mariage, divorce, filiation, adoption, changement de prénom)
  • La nationalité française
  • Les litiges immobiliers (propriété, servitudes, mitoyenneté)
  • Les successions et partages
  • Les accidents de la route et la responsabilité médicale
  • Les baux d’habitation (avec le juge des contentieux de la protection pour certaines questions)

Compétence territoriale : Tribunal du lieu où demeure le défendeur, ou du lieu de situation de l’immeuble pour les litiges immobiliers.

Fonctionnement : Le tribunal judiciaire comporte plusieurs chambres spécialisées : chambre civile, chambre de la famille, chambre des contentieux de la protection, chambre de l’exécution. Pour les litiges inférieurs à 10 000 €, les chambres de proximité (anciens tribunaux d’instance) traitent l’affaire selon une procédure simplifiée, sans représentation obligatoire par avocat.

2.2 Le juge des contentieux de la protection

Ancien juge d’instance, le juge des contentieux de la protection est une division spécialisée du tribunal judiciaire. Il traite :

  • Les litiges de consommation (crédit à la consommation, surendettement, démarchage abusif)
  • Les litiges relatifs aux baux d’habitation (loyers impayés, dépôt de garantie, congé)
  • Les curatelles et tutelles (protection des majeurs)
  • Les mesures de protection de l’enfance

Sa particularité : la procédure est simplifiée et la représentation par avocat n’est pas obligatoire. Pour un litige locatif, consultez notre guide sur les Loyers impayés et expulsion.

2.3 Le tribunal de commerce

Litiges traités :

  • Les litiges entre commerçants (au sens du droit commercial)
  • Les litiges relatifs aux actes de commerce (même entre un commerçant et un non-commerçant)
  • Les procédures collectives (sauvegarde, redressement judiciaire, liquidation)
  • Les litiges entre associés d’une société commerciale

Particularité : Les juges consulaires sont des commerçants élus par leurs pairs, non des magistrats professionnels. Ils siègent bénévolement.

Compétence territoriale : Tribunal du lieu du siège social du défendeur ou du lieu d’exercice de l’activité commerciale.

2.4 Le conseil de prud’hommes

Litiges traités : Tous les litiges individuels nés du contrat de travail ou de l’apprentissage :

  • Licenciement (faute grave, inaptitude, motif économique)
  • Salaire, primes, heures supplémentaires
  • Harcèlement moral ou discrimination
  • Conditions de travail et santé au travail
  • Rupture conventionnelle contestée

Fonctionnement : Le conseil de prud’hommes est composé à parts égales de conseillers salariés et employeurs. La tentative de conciliation est obligatoire avant l’audience de jugement. En cas de partage des voix, l’affaire est renvoyée devant le juge départiteur (magistrat professionnel du tribunal judiciaire). Pour approfondir, lisez notre article sur le Licenciement pour inaptitude.

2.5 Le tribunal paritaire des baux ruraux

Juridiction spécialisée composée à parts égales de bailleurs et de preneurs agricoles, elle traite les litiges relatifs aux baux ruraux (fermage, résiliation du bail, droit de préemption).

3. Les juridictions pénales : quelle compétence pour quelle infraction ?

3.1 Le tribunal de police

Compétent pour les contraventions (infractions les moins graves). Il existe quatre classes de contraventions :

  • Contraventions de 1re à 4e classe : Traitées par le juge de proximité (amendes jusqu’à 750 €)
  • Contraventions de 5e classe : Traitées par le tribunal de police (amendes jusqu’à 1 500 €, peines complémentaires possibles)

Exemples : injures non publiques, tapage nocturne, défaut d’assurance, excès de vitesse inférieur à 50 km/h.

3.2 Le tribunal correctionnel

Compétent pour les délits (infractions de gravité moyenne punies d’une peine d’emprisonnement) :

  • Vol, escroquerie, abus de confiance
  • Violences avec ITT inférieure à 8 jours (ou plus selon les circonstances)
  • Conduite en état d’ivresse, délit de fuite
  • Harcèlement moral au travail
  • Corruption et abus de biens sociaux

Peines possibles : Emprisonnement jusqu’à 10 ans, amendes, peines complémentaires (suspension de permis, interdiction professionnelle).

3.3 La cour criminelle départementale et la cour d’assises

Depuis la loi du 23 mars 2019, la cour criminelle départementale (composée de 5 magistrats professionnels, sans jury populaire) juge les crimes punis de 15 à 20 ans de réclusion criminelle. La cour d’assises (avec jury populaire composé de 6 citoyens) reste compétente pour les crimes les plus graves (meurtre, viol, actes de terrorisme) punis de 20 ans à la perpétuité.

4. Les juridictions administratives

4.1 Le tribunal administratif

Compétent en premier ressort pour les litiges avec l’administration :

  • Contestation des décisions administratives individuelles (permis de construire, refus de prestations sociales)
  • Recours contre les actes réglementaires
  • Litiges relatifs aux marchés publics
  • Responsabilité administrative (dommages causés par le fonctionnement des services publics)

4.2 Les juridictions spécialisées

  • Cour nationale du droit d’asile (CNDA) : Compétente pour les recours contre les décisions de l’OFPRA en matière d’asile.
  • Tribunal des conflits : Tranche les conflits de compétence entre les ordres judiciaire et administratif.

5. Comment déterminer la bonne juridiction en pratique ?

Pour identifier la juridiction compétente, suivez cette méthodologie en trois questions :

1. Quelle est la nature du litige ?

  • Litige entre particuliers ? → Ordre judiciaire
  • Litige avec l’administration ? → Ordre administratif
  • Litige pénal ? → Juridiction pénale selon la gravité

2. Qui sont les parties ?

  • Deux particuliers ? → Tribunal judiciaire
  • Un commerçant dans le cadre de son activité ? → Tribunal de commerce
  • Un salarié contre son employeur ? → Conseil de prud’hommes

3. Quel est le montant du litige ?

  • Moins de 10 000 € → Juge des contentieux de la protection ou chambre de proximité
  • Plus de 10 000 € → Tribunal judiciaire (formation classique)

En cas de doute, le greffe du tribunal judiciaire le plus proche peut vous orienter gratuitement. De nombreux sites internet institutionnels, notamment Service-Public.fr, proposent des simulateurs de compétence. Si vous avez déjà subi un préjudice, notre article sur l’Évaluation du préjudice moral peut vous aider à quantifier votre demande.


Sources Institutionnelles :

  • Code de l’organisation judiciaire : Articles L211-1 à L552-1.
  • Code de procédure civile : Articles 42 à 48 et 750 à 760 (compétence territoriale et procédure).
  • Code de justice administrative : Articles L211-1 à L312-1.
  • Décret n° 2020-121 du 13 février 2020 portant réforme de l’organisation judiciaire.
  • Rapport 2025 de l’Inspection générale de la justice sur l’évaluation des réformes de l’organisation judiciaire.
  • Loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice.

Avertissement : Cet article est une analyse juridique à caractère informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation particulière nécessite l’avis d’un professionnel du droit.

Foire aux questions

Vos questions, nos réponses

Q.01 Comment savoir si mon litige relève du tribunal judiciaire ou du tribunal de proximité ?
Le tribunal de proximité traite les litiges civils courants dont le montant n'excède pas 10 000 € (consommation, voisinage, logement). Au-delà de 10 000 €, c'est le tribunal judiciaire qui est compétent, sauf exceptions. Depuis la réforme de 2020, les tribunaux d'instance et de grande instance ont fusionné pour former le tribunal judiciaire, mais la compétence matérielle en fonction du montant a été conservée via les chambres de proximité. Le tribunal judiciaire est également seul compétent pour les questions d'état des personnes (mariage, divorce, filiation) et de nationalité, quel que soit le montant en jeu.
Q.02 Puis-je choisir le tribunal de mon domicile si le défendeur habite ailleurs ?
En principe, c'est le tribunal du lieu où demeure le défendeur qui est compétent (actor sequitur forum rei). Vous ne pouvez donc pas choisir votre tribunal de domicile si le défendeur habite ailleurs. Toutefois, des exceptions existent : en matière contractuelle, vous pouvez saisir le tribunal du lieu de la livraison effective de la chose ou du lieu de l'exécution de la prestation de service. En matière délictuelle, vous pouvez choisir entre le tribunal du lieu du fait dommageable et celui du lieu du domicile du défendeur.
Q.03 Quel tribunal saisir en cas de litige avec mon employeur ?
Tous les litiges individuels entre un salarié et son employeur (licenciement, salaire, harcèlement, conditions de travail) relèvent du conseil de prud'hommes. Celui-ci est composé de juges non professionnels élus (conseillers prud'homaux). Le conseil de prud'hommes territorialement compétent est celui du lieu de l'établissement où le salarié travaille, ou à défaut celui du lieu d'embauche. Avant de saisir les prud'hommes, une tentative de conciliation est obligatoire. Pour en savoir plus sur un cas spécifique, consultez notre article sur le [Licenciement pour faute grave](/blog/licenciement-faute-grave).
Q.04 Comment saisir le tribunal compétent lorsque le litige est international ?
Si le litige implique une partie domiciliée à l'étranger, les règles de compétence internationale s'appliquent. Au sein de l'Union européenne, le règlement Bruxelles I bis (n° 1215/2012) détermine la compétence. En matière contractuelle, le tribunal compétent est celui du lieu d'exécution de l'obligation. En matière délictuelle, celui du lieu du fait dommageable. Pour les litiges avec un défendeur hors UE, les règles du droit international privé français (articles 14 et 15 du Code civil) s'appliquent : un Français peut attraire un étranger devant un tribunal français.
Q.05 Quel est le délai pour saisir un tribunal après la naissance d'un litige ?
Le délai (appelé délai de prescription) varie selon la nature du litige. Pour les litiges civils courants, le délai de droit commun est de 5 ans à compter de la connaissance des faits. Pour les litiges prud'homaux, le délai est de 12 mois à compter de la rupture du contrat. Pour les litiges de consommation, il est de 2 ans. En matière de construction, la garantie décennale est de 10 ans. Notre guide complet sur les [Délais de prescription en droit français](/blog/delai-prescription-droit-francais) détaille tous ces délais par type d'action.
Q.06 Que faire si le tribunal que j'ai saisi se déclare incompétent ?
Si le tribunal estime ne pas être compétent, il rend une ordonnance d'incompétence. Vous pouvez soit contester cette décision par la voie du contredit (procédure rapide dans les 15 jours), soit saisir directement la juridiction que le tribunal vous a indiquée. Depuis 2020, le juge doit, lorsqu'il se déclare incompétent, indiquer d'office quelle juridiction est compétente, ce qui simplifie les démarches pour le justiciable. En cas d'incertitude persistante, vous pouvez saisir la cour d'appel ou le tribunal des conflits si le litige oppose les ordres judiciaire et administratif.

Sources & Références